18 mars 2009
On ne peut pas jouer Prokofiev mieux que Prokofiev
Un
jour, au moment où je travaillais le Prélude
(Op. 12, VII) de Prokofiev, j’ai cherché exprès l’interprétation de Prokofiev
lui-même pour avoir une idée précise de son style, car on ne peut pas jouer
Prokofiev mieux que Prokofiev, même si le résultat me paraît complètement
incroyable : le compositeur ne respecte pas tellement sa propre partition
au niveau des nuances, il joue relativement fort, et il me semble que pour les
arpèges de la main gauche, au lieu de tricoter avec délicatesse, comme écrit en
haut de la partition « Vivo e
delicato », il jette sa main
sur le clavier brusquement, comme s’il avait envie de lui donner des petites
claques. Et en rythme, c’est encore plus surprenant qu’il utilise tellement le rubato, alors que sur la partition, il n’y
en a aucune indication. C’est vrai que nous ne sommes pas devant une sonate de
Beethoven, ou bien un morceau quelconque de Ravel, qui ne tolèrent aucun abus
de nuance, mais telle attitude envers sa propre création est quand même assez
choquante pour nous inciter à réfléchir davantage sur le fameux style « Prokofievien ».
Ce Prélude est sans doute le morceau
le plus facile à jouer parmi les œuvres de Prokofiev, cependant je le considère
comme une véritable étude pour tester l’endurance et la légèreté de la main
droite pendant un long passage d’arpèges intenses. Je me souviens d’avoir lu
quelque part que Prokofiev considère le piano comme un instrument de percussion,
pourrait-il être une explication possible pour sa façon de jouer ?
Je connais seulement deux pianistes qui ont réalisé leurs énormes projets de l’enregistrement des œuvres intégrales pour piano solo de Prokofiev, le pianiste russe, Boris Berman, et le pianiste sino-américain, Frederic Chiu. Pour ce Prélude, personnellement, je n’ai aucune préférence entre les deux versions, chacun a son caractère unique. En général, les deux virtuoses arrivent à rester tous les deux fidèles à la partition, ils ont une exécution allègre pour être « vivo » et en même temps cantabile et transparente pour être « delicato ». La différence est que Frederic Chiu préfère la vitesse, et qu’il essaye de souligner un peu plus la mélodie de la main gauche. Après tout, Prokofiev a le droit de jouer selon son humeur, et personne ne jouera Prokofiev mieux que Prokofiev lui-même, nous pouvons supporter ou même apprécier ce genre d’interprétation capricieuse, car c’est lui le maître de l’œuvre et puisqu’il déclare sa préférence pour l’humour et l’ironique dans l’écriture musicale, pourquoi il ne jouerait pas ce jeu avec sa propre création au moment de l’interprétation ?
Voici je vous propose de découvrir les deux versions:
CHANDOS, Prokofiev: Complete Piano Music, Vol. 6/9, Boris Berman, piano
Download: 14. Prélude, Op. 12, VII (2.11)
Harmonia Mundi, Prokofiev: Complete Music for Solo Piano, Vol. 5, Frederic Chiu, piano
Download: 26. Ten Pieces, Op. 12: VII. Prélude (2.01)


